samedi 9 février 2008

. . . o O o O o o. . .

Les mouvements qui nous traversent sont aussi profonds et puissants que des courants océaniques. Pourquoi nous attachons-nous subitement à accomplir une tâche, pourquoi parlons-nous tout à coup, pourquoi nous taisons-nous à l'instant suivant, pourquoi laissons-nous l'histoire en suspens, la laissons-nous sécher, pourquoi la négligeons-nous ?

Mon blog laissé à l'abandon.

lundi 28 janvier 2008

LA MAISON BRÛLE - 26 janvier 2008

Le ciel s'est chargé d'un épais tapis nuageux, il y plane un air d'hostilité, il fait très sombre dans la campagne, au coin d'une ancienne ferme devenue résidence secondaire. C'est la maison des étés de mon enfance. Je suis sur une vieille route qui la borde, jamais rénovée depuis que je suis né. Je crois ne pas être tout à fait seul. Par-delà les feuillages des arbres qui bordent la vieille route, des points lumineux transpercent le tapis nuageux, un vaisseau passe,
à la lumière orange comme celle d'une bougie. Il fait penser à un vieux bateau de pirates, qui volerait. Le voici qui s'éloigne
et disparaît dans l'épaisseur des nuages.
J'entre dans la maison. Les pièces sont nombreuses, et les parcourant les unes après les autres, je les découvre remplies des
membres de ma famille. Ils doivent être quasiment tous là, même si je ne peux les détailler, ils sont là, et ils sont
terriblement inconscients du danger. Enfermés dans leur monde, à l'intérieur de cette maison, leur propre
obscurité est pire encore que celle qui règne à l'extérieur
. Il me semble ne rien avoir vu d'allumé outre de faibles bougies. Je
parcours les pièces où ils sont assis, apathiques, et circule d'un groupe à l'autre, avec cette sensation terrible d'être
freiné.
Il me faut le numéro des pompiers, je le cherche, je ne cesse de le leur demander, le leur crier, mais je n'obtiens aucune réponse. Ils ne
comprennent pas ma question, n'ont pas mon inquiétude, ou ne parviennent pas à la réaliser, et ne répondent pas. Je cherche également dans de vieux annuaires écornés, rigidifiés par
l'humidité, pages blanches, pages jaunes, mais j'ai si peu de temps pour chercher : il y a la peur de
l'inéluctable, et l'impossibilité de savoir quand il va se produire. Cette peur-là me tiraille, et ajoutée à l'indifférence et
l'apathie des membres de ma famille, elle se mue en colère, je me mets à crier de plus en plus fort, à les haïr car je suis celui
qui craint pour eux tous, et ils savent que je suis mauvais quand je suis en colère, mais ils ne craignent rien, ni moi ni le
danger, et je vais devoir trouver une solution seul.
Je sors de la maison et horreur : elle a commencé à brûler, tranquillement. De la fumée remonte le long de l'arrête du mur de
pierre, et le toit, sur une petite surface, flambe. L'angoisse explose dans mon ventre, je reviens dans la maison, et je crie
très fort et m'énerve plus fort encore, pour qu'ils sortent tous, mais là encore, c'est terrible, ils sont si lents, ils
pourraient périr sans même lutter un peu, sans rien faire pour se sauver et à la colère succède la rage. Je crois me souvenir que
je parviens à les sortir en les guidant à reculons, en les précédant, comme si c'était un troupeau, du bétail, comme s'ils
étaient perdus chez eux. Dans cette lente, interminable panique, mon père tombe sur le dos, la tête la première. Puis nous
parvenons à sortir, tous, et je crois me souvenir que je cherche dans leurs visages des traces de compréhension, des traces de
conscience. Ils sont ailleurs. Je continue de les aimer et je veux trouver une solution, ils ne s'en
sortiront pas vivants, sans moi.
Alors je pars sur la route, et il me semble que je ne suis pas seul, c'est peut-être V*, ou un de mes cousins, qui
m'accompagnent. Empruntant la départementale, nous traversons la courte forêt qui nous sépare du prochain village dans
un méchant silence, nous y arrivons sans croiser personne, l'angoisse est très forte, je ne sais si nous trouvons des pompiers
(personne dans mon souvenir), mais nous retournons sur nos pas, et c'est là que la guerre se confirme à nos yeux, au retour.
Au bord de la route, un champ s'étend, toujours dans cette quasi-nuit d'apocalypse. Des troncs parsèment l'espace d'une forêt qui
s'épaissit dans le lointain, leurs silhouettes se découpent à la faveur d'illuminations provoquées par des explosions. Dans ce
paysage désolé, abandonné à la destruction, apparaît soudain un vivant, un civil sans aucun doute, sortant de la forêt, en feu,
une torche humaine, la seule personne que nous croisons est en train de brûler !

vendredi 25 janvier 2008

Plus peur que de mal. En me réveillant, ce matin, je n'avais plus rien. Le soulagement. J'attends des nouvelles de l'espace virtuel R*, mais pour l'instant personne ne m'a rappelé. Je reprends ma vie d'intermittent. J'ai eu peur que V* me voit dans l'état où j'étais hier, mais ça s'est bien goupillé. J'ai la sensation d'être dans les vapes, j'arrive pas à savoir si ce que j'ai vu existe, ça semblait très vrai hier mais depuis que c'est parti j'ai de plus en plus la certitude d'avoir tout inventé. Je sais pas, j'ai la vue qui baisse??? Même la photo d'hier en témoigne, tout est normal. J'ai la pèche.

jeudi 24 janvier 2008

?????!

La peur de ma vie, ce matin en ouvrant la porte de la chambre, V* dormait encore. Il était 8h30, le jour se levait à peine, je me suis approché de l'évier parce que des fois je fais la vaisselle en me réveillant et en passant j'ai vu. Je comprends plus rien. Mes mains, au toucher c'est comme avant , rien n'a changé. Mais sinon, elles sont toutes brillantes, j sais pas comme du latex et ça s'en va ps en plus !! j comprens pas ce que c'est ce truc ça me fait flipper c'ets QUOI !!! je me suis mis à trembler de haut en bas, je tenais plusd debotu ça m'est jamais arrivé, j'ai voulu prendre la photo et après j'ai vu ma tête dan la salle de bain et c'est horrible !! J'ai pasé la journée au lit impossible de bouger et là juste je viens de me lever et c'est encore là ça a jamais partir ça me déprime j'en peux plus je vais me coucher.

mardi 22 janvier 2008

lundi 21 janvier 2008

i c i

L'ivresse d'entrer au coeur du programme et de le modifier. ici

C'est le plus grand pitch du XXème siècle, qui se déroule parallèlement, et à peu près en même temps, au coeur de l'atome, aux Etats-Unis et en Allemagne, avec la découverte de la fission nucléaire ; au coeur de la cellule avec la découverte de la molécule d'ADN, au coeur du semi-conducteur avec l'invention de l'informatique.

Atteindre le coeur du programme et le modifier.

Avec quelques connaissances en HTML et en CSS, c'est ce que vous pouvez faire au coeur de votre blog, le modifier, et ressentir quelque chose de cette ivresse.

Pourquoi, si ce n'est par facilité ou par conformisme, faudrait-il que l'auteur d'un blog respecte le principe de chronologie de la forme qu'il emprunte ? Les inventions humaines ont toutes de ces gadgets faits pour éviter, ou tout du moins atténuer les questionnements, pour nous faire marcher au bord du précipice sans que nous en ayons conscience. Ainsi, grâce au gadget de la chronologie - l'arbre qui cache la forêt - vous parvenez à écrire un blog. Mais il faut savoir qu'en l'absence de gadget, écrire c'est fréquenter le précipice, et, loin du confort, c'est ce que les artistes ont toujours fait. Pour saisir cela, j'ai eu un jour cette vision très nette des oeillères qui réduisent le champ de vision des chevaux domestiques. Dans le fond, nous, humains, ne sommes pas différents : nous inventons des instruments pour boucher une partie de notre champ de vision, afin de pouvoir calmer notre peur, étouffer l'explosion de l'irrationnel au moment d'avancer vers l'inconnu. Celui qui fait l'expérience de décoller légèrement les oeillères de ses tempes, se retrouve aussitôt illuminé. Et il faut savoir qu'en faire, d'une telle lumière.

Pourquoi faudrait-il que le contenu d'un blog y soit écrit une fois pour toutes ?

Est-ce que je fais erreur si je dis que l'histoire comme la mémoire sont deux choses vivantes ? Le sens n'est-il pas lui-même une chose vivante ?

Pour en avoir le coeur net, retournons en arrière, partons sans tarder, reprenons tout dans l'autre sens, ici, jusqu'au début. Entrons au coeur du programme et inversons-le. Inversons l'Usine dans sa globalité, inversons nos systèmes de production, partons de la matière raffinée pour remonter jusqu'à la matière brute, la matière originale. Arrivé au début, nous aurons touché notre but.

mardi 15 janvier 2008

Baptême du feu



Je suis ici pour la seconde fois, et à part cette aberration temporelle, pour l'instant tout est à sa place, avec moi, qui me balade dans le coin, là où je ne devrais pas être, sous une forme immatérielle.

Un premier jour de tournage, on ne le sait pas, mais c'est une initiation.

Je pénètre sur le plateau à 6h, à la sortie du long couloir qui le sépare du parking extérieur, dans cette atmosphère de silence endormi et concentré qui caractérise les matins de tournages, et moi, le réalisateur, j'ai du mal à réaliser. Me représenter que c'est moi qui, dans quelques heures, sur ce fond vert, vais diriger acteurs et équipe pour faire la communication d'une grande marque automobile. Sans le savoir, j'ai besoin d'un coup de fouet. La petite claque qui vous fait réintégrer la réalité.

Nous sommes là, P* le producteur, O* le chef de projet et coauteur des textes, D* le chef opérateur du projet, M* le chef de plateau et moi-même, pour préparer le fond vert, l'éclairer et le consteller de croix blanches qui constitueront des repères utilisables par le logiciel de tracking pour recréer virtuellement l'espace du plateau.

Mais les croix aux murs et au sol ne suffisent pas pour recréer un espace, il nous faudra aussi des repères dans la profondeur. Nous avons prévu d'utiliser des tiges en bois peintes en vert, montées sur des socles légers également peints en vert, et au bout de ces tiges nous placerons des balles de ping-pong blanches. Ces tiges placeront dans l'espace des points blancs dont le mouvement, lorsque la caméra bougera, se différenciera des croix du fond, pour donner au logiciel les informations de parallaxe (c'est l'incidence du changement de position de l'observateur sur l'observation d'un objet) qui le renseigneront sur la profondeur.

La lumière est en train de se faire, P* prépare les cartes d'enregistrement de notre caméra numérique, O* s'occupe de faire fonctionner le prompteur (utile en cas de panne du comédien, qui, dans la journée, va devoir jouer pas moins de onze speechs d'une moyenne de une minute chacun, rapidement et sans s'emmêler les pinceaux), et moi, je ne vois qu'une chose à faire : monter les balles de ping-pong au bout des tiges fraîchement peintes.

De la colle a été prévue. Je tente un point de colle et presse la balle contre le bout de la tige en bois. La balle tombe aussitôt que je la lâche. Ca ne va pas marcher comme ça : la surface de découpe de la tige est plate, et la balle est une sphère. Je remets de la colle, réessaye. Pas mieux. Je laisse tomber la balle et pars à la recherche d'une autre solution. Dans une des pièces attenantes au plateau, il y a les projecteurs, les pieds, des borgnoles (ces grands morceaux de tissu noirs qui nous servent à isoler l'espace de la lumière) et divers accessoires. C'est là que je compte trouver un outil qui me permettra de trouer mes balles. Pas de chance : il y a beaucoup de choses dans cette pièce, mais pas un seul outil qui me permette de faire un trou dans une balle de ping-pong. Seule une vis un peu longue pourra peut-être faire l'affaire. Je retourne auprès de mes balles, et mon regard s'arrête à mes pieds sur la balle abandonnée par terre, la balle de ma première tentative, qui n'a pas collé au bout de la tige, qui est tombée et restée là. Je tente de la percer, pas facile avec une vis, que je manque de me planter dans la main à chaque tentative. Tandis que je m'agite, la colle blanche s'étale sur mes doigts sans que j'y prête attention, et je parviens avec beaucoup d'effort à un trou minuscule.

La troisième solution m'apparaît alors. Elle arrive toujours à la fin, cette solution-là, comme dans les contes, c'est la solution ultime, on l'utilise quand tout espoir est perdu. Je l'ai depuis l'enfance, je l'utilise régulièrement quand je n'ai plus d'autre choix, et chaque fois, avec l'idée, me reviennent des souvenirs d'enfance. Le feu. Enfant, j'adorais le faire, le préparer, l'allumer, et m'en servir pour casser, couper, cramer, transformer. Je connais la réaction du plastique au contact du feu, sa manière de se noircir en disparaissant, et son odeur. Je trouerai mes balles avec le feu, je sais que les autres me regarderont bizarrement et me mettront en garde, tant pis, j'improviserai à ce moment-là. Maintenant que j'ai arrêté de fumer, il me faut emprunter un briquet. Seul M* en a un, il me le prête, et revenu aux tiges de bois, je retrouve la balle de tous mes efforts, que je ne peux pas laisser où elle est, c'est devenu un défi entre elle et moi, alors je la récupère et la colle encore liquide me blanchit les doigts.

Le briquet dans ma main droite, je présente le ventre blanc de la balle à la morsure de la flamme à venir. Mon pouce fait craquer la pierre du briquet, l'étincelle jaillit et la flamme à sa suite. Là, tout s'accélère. La flamme dévore instantanément la colle blanche étalée sur la balle et mes doigts, et en fait un véritable festin, que je n'avais pas prévu. Je n'avais pas pensé que la colle que j'ai utilisée, comme toutes les colles, est hautement inflammable. Et comme si ça ne suffisait pas, le trou minuscule que j'ai réussi à pratiquer avec la vis crée un appel d'air. Toutes les conditions sont réunies pour qu'en un quart de seconde, et sans que je puisse l'empêcher, la balle de ping-pong tenue entre mes doigts se transforme en un chalumeau sauvage dont je n'oublierai jamais la flamme, longue et courbée comme une langue de reptile. Je veux dire : terrifiante, une telle flamme dans sa main, quand on se trouve sur un plateau fraîchement repeint en vert avec une peinture, qui, pourquoi pas, pourrait elle aussi se révéler inflammable ! En un éclair, dans ma tête, pendant que ma main commence à brûler, que la douleur commence à apparaître, j'ai l'image du plateau entier en proie à l'incendie que je pourrais provoquer si je me débarrassais instantanément de la balle enflammée comme ma main me supplie de le faire et comme j'aurais fait en toute autre occasion.

Mais là, impossible de jeter la balle ici. Dieu ! Je saisis seulement alors que je vais devoir tenir la balle enflammée dans ma main tant que je n'aurai pas trouvé un endroit où la jeter, car l'incendie du plateau serait pire encore que celui de ma main. Je me prépare alors à encaisser la douleur, et me mets à courir en direction de l'extérieur. Dans le long couloir qui mène au parking, j'ai cette vision gravée dans ma mémoire, qui combine au premier plan ma main en feu avec mes doigts repliés sur elle pour la tenir prisonnière, de la fumée générée par ma course, un peu plus loin, à dix mètres, la sortie, le parking ou je pourrai jeter la balle et éteindre le feu. Et la douleur intense de la brûlure qui est en train de déchirer ma main. Le feu mord tout de suite, dès le début, et très fort. En même temps que cette vision, il y a toutes les questions et prédictions de mon cerveau. Une partie évalue la distance qui reste à parcourir et envoie la réponse à l'autre partie qui s'occupe de contenir la douleur. C'est ainsi que je m'en souviens, c'est ainsi que le cerveau gère une crise : une partie contient la douleur à condition qu'une autre partie lui envoie en temps réel, et avec le plus de précision possible, les données connues sur le chemin qu'il reste à parcourir et donc l'approche du moment de la libération.

Au matin du premier jour de tournage, avant même que les hostilités aient commencé, j'ai brûlé ma main, il me semble au second degré. Lorsque la balle s'est éteinte sur le bitume sous les assauts de mes baskets, mon pouce (qui a tout pris) était rouge vif, et une douleur lancinante à l'intérieur continuait de brûler, mais cette douleur s'est fait plus vive ensuite, quand l'adrénaline est retombée, car il semble que l'adrénaline anesthésie la douleur pour permettre d'agir (je crois que j'ai déjà lu ça quelque part). J'ai tenté de bouger mon pouce et je l'ai senti tout asséché, comme une branche sèche prête à casser, j'ai eu peur mais je m'attendais à pire. La douleur a pris toute la place, et je me suis mis à craindre terriblement pour le déroulement de la journée. Impossible de se concentrer avec un pouce dans cet état. Par expérience, je sais que quand on commence une journée avec une douleur quelconque et qu'on ne fait rien pour l'atténuer, on la finit souvent avec une douleur pire encore. Je me suis mis à rêver de Biafine comme rêve d'eau un marcheur dans le désert, et j'ai eu une heureuse intuition.

Je suis retourné dans la salle des projecteurs, où j'avais cherché un outil pour trouer les balles. J'ai fouillé, et je suis tombé sur ce que mon intuition m'avait suggéré. Une trousse de pharmacie, intitulée "soins de première urgence". Je l'ai ouverte et dedans, comme par miracle, le tube de Biafine prenait beaucoup de place, il était aussi gros que ceux du commerce, j'allais pouvoir me soigner au moins provisoirement. L'effet de la Biafine est impressionnant. En quelques minutes, le feu s'atténue, la douleur persiste mais perd en intensité, et cela, dans la durée. J'ai pu de nouveau me concentrer, et toute la journée mon pouce s'est gonflé d'une cloque énorme et dégoûtante, que tout le monde a regardé en cachette sans me poser de question, sauf quand j'en ai parlé de moi-même pour anticiper les réactions.

J'ai tourné ce qu'il fallait, sans dépasser les délais. La journée a été longue, et intense. Je ne peux pas m'empêcher de me rappeler cette image du moment où je tenais le feu dans ma main, et tous les symboles de force, de puissance, qui se joignent à cette image, s'associent à la douleur mordante du feu qui consumait ma main. Il y a du sens dans cette dualité. Ce sont ces symboles que je m'approprie maintenant pour raconter que j'ai subi une initiation. Moi, le réalisateur, j'ai réalisé d'une seconde manière que je n'oublierai pas. Comment pourrais-je échouer dorénavant à faire ce que j'ai réussi à faire ce jour-là avec une main brûlée ?


Sur cette photo prise en fin de journée, la cloque a été percée, elle occupait un peu plus tôt toute la longeur du pouce.