mardi 18 décembre 2007

S'endormir au pitch



Je n'ai pas le genre d'esprit de synthèse qui correspond à l'art de tenir un blog. A l'instant, j'ai en tête les choses qu'il faut que je raconte ici, il s'agit du tournage à proprement parler, qui s'est achevé il y a maintenant plus d'une semaine. Mais dans mon esprit est apparu, un chemin obligatoire que je dois obligatoirement emprunter pour raconter.

Ce chemin commence par une image, forte, que j'ai vu au premier matin du tournage, une scène qui fera une magnifique exposition pour cette petite histoire vraie du tournage. Je veux que cette image inaugure l'histoire.

Pour obtenir cette image, je dois récupérer des sources visuelles sur Internet, les mélanger à mes propres sources, et composer l'image avec Photoshop.

Et pour pouvoir utiliser Photoshop, je dois réussir à cracker la version CS3.

Pour pouvoir cracker ce logiciel, je connais quelques méthodes, je n'en maîtrise aucune, je dois fouiller, fouiller, chercher, fouiner. Et ensuite, quand j'aurai le logiciel, il faudra commposer la photo.

Alors seulement je pourrai commencer à raconter.

La voilà, cette tournure d'esprit qui régulièrement me désespère mais je ne pourrais rien sans elle.

Je ne peux tout simplement pas raconter si je n'ai pas la photo.

Je ne peux rien raconter en moins de trente lignes.

Ne me parlez pas de pitch. Toujours échoué jusqu'à présent. Le temps que je vous fabrique mon pitch, la salle est déjà endormie.

lundi 3 décembre 2007

Coup de tête

L'Usine, c'est le théâtre de tout un tas d'événements qui n'ont pas grand chose à voir les uns avec les autres, et qui nous donnent vie, à nous sa faune.

Tu as vu que je peux parler de l'Usine comme si c'était le bagne, ou la mine, faire croire que rien n'a changé, prétendre que je pourrais moi établir un tel lien, et ainsi me plaire à présenter ce monde comme un piège, une prison. Je pourrais reprendre la lecture du Germinal de Zola et faire en sorte d'y trouver des rapprochements, tu te souviens peut-être de cette métaphore de la bouche de la mine qui avale les mineurs et les broie dans son estomac. Faire pareil avec mon Usine. Mais ce ne pourrait pas être juste si je ne prenais pas la précaution de montrer qu'au coeur de ce monde, et dans la position que j'y occupe, il y a le plaisir. Voilà la vérité que je ne peux éviter, et même si je découvre que moi aussi ici, comme tout le monde partout ailleurs, je suis un exploité.

Eh bien, ça me trottait dans la tête depuis quelques jours, une histoire par rapport au contrat que j'ai signé pour réaliser ce projet. Cette histoire, c'est celle de mon droit d'auteur. Dans mon contrat, il n'est pas prévu que je touche des droits d'auteur pour l'oeuvre que je m'apprête à réaliser, et qui sera consultée vraisemblablement par des millions de personnes. Jusqu'ici ce n'était pas un problème pour moi, j'étais content du salaire que j'avais négocié, je me disais que mon droit d'auteur, qui plus est sur Internet, je m'en occuperais plus tard, que d'abord j'allais faire mes preuves avec ce contrat-là, et ensuite, réfléchir. Mais depuis, j'ai appris que R* envisage d'utiliser ce travail dans de très nombreux pays, tel quel. Et en effet, sur mon contrat, il est indiqué texto :

le droit d'établir et/ou de faire établir toutes versions du vidéo programme interactif tant française qu'étrangères ainsi que tous doublages et sous-titrages en toutes langues ;


My fellow, anywhere you stay, just know that maybe someday you will enjoy my best work without any copyright retribution for me. Please don't laugh at me. I won't do it anymore.

Eh bien, cette histoire de droits internationaux, de visites de partout dans le monde, de nombres de clics incalculables, cette histoire mégalomane me trotte dans la tête, et parallèlement, depuis deux mois que j'y suis, ce projet occupe tout simplement tout mon temps, si bien que ni moi, ni V* qui elle-même a beaucoup de travail à la fac, ne trouvons le temps de faire des courses. A tel point que depuis une semaine, nous n'avons plus de kleenex, plus de papier hygiénique, et concrètement tout se passe pour nous avec du sopalin.

Alors aujourd'hui, sur un coup de tête, je me suis payé ma revanche d'auteur, et j'ai chouré un rouleau de PQ à l'Usine. Véridique. Ainsi, l'Usine et moi, maintenant, nous sommes quitte.

dimanche 2 décembre 2007

Le Trac

Demain lundi, dernier jour. Mardi, mercredi, jeudi, vendredi, je tourne. Mercredi avec une grue et de la figuration.



Nous serons sur un fond vert. Nous marquerons l'espace à l'aide de croix au gaffer blanc réparties le long du mur vert et du sol vert, à peu près tous les 50 cm.

Nous filmerons nos personnages en mouvement dans ce décor. Puis avec Boujou, le logiciel de tracking, nous incrusterons nos personnages dans un décor 3D qui aura le même mouvement, même si on tourne à l'épaule !

J'ai le trac, je n'ai pas tourné depuis longtemps. C'est toujours pareil, je sais que je ferai tout ce qu'il faut, que ça se passera bien malgré le manque de préparation, mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir un pincement au ventre avant de commencer. Mardi matin, à 9h, je serai libéré du trac et ce sera le début de l'aventure. Des plans à la grue, c'est pas donné à tout le monde. J'adore les élaborer et les filmer. Je l'ai déjà fait une fois, le long d'un arbre, avec des enfants au pied du tronc. Des plans que j'aime beaucoup.

J'ai une pensée pour mon père. Il a la grippe, il est cloué au lit, mais surtout il ne m'a jamais encouragé, pour rien de ce que j'ai fait d'important pour moi. Ce que je faisais, quand j'étais gamin, il le savait pas, il ne connaissait pas mes amis, mes activités, et aujourd'hui rien n'a changé. Il n'a tout simplement jamais eu l'idée de m'encourager dans mes choix, il n'a jamais pu le faire sans me montrer cette espèce de jalousie, de rivalité, qui vient de ses propres frustrations. Moi j'ai voulu connaître son histoire, j'ai voulu qu'il me la raconte, mais il ne l'a pas fait, ou alors d'une manière évasive qui me permet pas de comprendre. Il ne m'a pas aidé quand je me suis lancé dans la vie. C'est ma mère qui m'a le plus aidé financièrement. Lui, à un moment de sa vie, il a eu beaucoup d'argent, mais ensuite, comme s'il n'avait pas eu le droit : il a tout perdu. C'est un anticapitaliste et d'une certaine manière je tiens de lui, j'ai bien retenu la leçon, je crois. Et jusqu'à présent il m'a toujours mieux aimé quand j'étais mal. Il ne m'encouragera pas, ni pour cette semaine ni pour rien d'autre. Il me surveillera peut-être, mais pas d'encouragements. L'astuce, pour moi, dans ces conditions désagréables et parfois tristes, c'est de tout faire pour l'aimer quand-même.