L'Usine, c'est le théâtre de tout un tas d'événements qui n'ont pas grand chose à voir les uns avec les autres, et qui nous donnent vie, à nous sa faune.
Tu as vu que je peux parler de l'Usine comme si c'était le bagne, ou la mine, faire croire que rien n'a changé, prétendre que je pourrais moi établir un tel lien, et ainsi me plaire à présenter ce monde comme un piège, une prison. Je pourrais reprendre la lecture du Germinal de Zola et faire en sorte d'y trouver des rapprochements, tu te souviens peut-être de cette métaphore de la bouche de la mine qui avale les mineurs et les broie dans son estomac. Faire pareil avec mon Usine. Mais ce ne pourrait pas être juste si je ne prenais pas la précaution de montrer qu'au coeur de ce monde, et dans la position que j'y occupe, il y a le plaisir. Voilà la vérité que je ne peux éviter, et même si je découvre que moi aussi ici, comme tout le monde partout ailleurs, je suis un exploité.
Eh bien, ça me trottait dans la tête depuis quelques jours, une histoire par rapport au contrat que j'ai signé pour réaliser ce projet. Cette histoire, c'est celle de mon droit d'auteur. Dans mon contrat, il n'est pas prévu que je touche des droits d'auteur pour l'oeuvre que je m'apprête à réaliser, et qui sera consultée vraisemblablement par des millions de personnes. Jusqu'ici ce n'était pas un problème pour moi, j'étais content du salaire que j'avais négocié, je me disais que mon droit d'auteur, qui plus est sur Internet, je m'en occuperais plus tard, que d'abord j'allais faire mes preuves avec ce contrat-là, et ensuite, réfléchir. Mais depuis, j'ai appris que R* envisage d'utiliser ce travail dans de très nombreux pays, tel quel. Et en effet, sur mon contrat, il est indiqué texto :
le droit d'établir et/ou de faire établir toutes versions du vidéo programme interactif tant française qu'étrangères ainsi que tous doublages et sous-titrages en toutes langues ;
My fellow, anywhere you stay, just know that maybe someday you will enjoy my best work without any copyright retribution for me. Please don't laugh at me. I won't do it anymore.
Eh bien, cette histoire de droits internationaux, de visites de partout dans le monde, de nombres de clics incalculables, cette histoire mégalomane me trotte dans la tête, et parallèlement, depuis deux mois que j'y suis, ce projet occupe tout simplement tout mon temps, si bien que ni moi, ni V* qui elle-même a beaucoup de travail à la fac, ne trouvons le temps de faire des courses. A tel point que depuis une semaine, nous n'avons plus de kleenex, plus de papier hygiénique, et concrètement tout se passe pour nous avec du sopalin.
Alors aujourd'hui, sur un coup de tête, je me suis payé ma revanche d'auteur, et j'ai chouré un rouleau de PQ à l'Usine. Véridique. Ainsi, l'Usine et moi, maintenant, nous sommes quitte.
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