Sinon, le soir en ce moment je rentre lessivé.
C'est comme si je bossais directement dans les usines R* mais où les chaînes de fabrications auraient été remplacées par des chaînes audiovisuelles. Par exemple, nous avons eu, à deux, à créer 27 speechs. Le chiffre est important ici. Dans un scénario, j'en écris plus que ça, mais ici, pour ce site Internet, toute la création se présente autrement, et la seule chose à laquelle nous puissions nous accrocher, tout à coup, c'est la quantité, ce chiffre. Le reste, le contenu, le caractère, le style, le rythme de l'écriture, l'identité en somme, la raison d'écrire, la raison d'être auteur, concrètement ça n'existe pas ou du moins ça n'a pas de valeur, en fait, peut-être que c'est simplement un problème.
L'aliénation a été déplacée, elle n'a pas disparu, elle se retrouve dans les nouvelles usines, je te jure, c'est dur d'exister ici, et encore, je suis bien tombé, nous sommes entendus et reconnus pour notre travail, mais du jour au lendemain il peut être saccagé, foulé au pied, pour des raisons tellement lointaines et personne ne sait pourquoi, pas même la personne qui piétine, hormis que certaines choses ne se font pas, mais personne sait quoi précisément. Quoi, quand, comment, pourquoi ? Personne ne regarde ces questions en face, forcément, c'est fatigant de regarder l'absurdité toute une journée au fond des yeux. Par exemple l'absurdité : faire croire, disons insinuer, qu'acheter une voiture est bon pour l'environnement. En contrepartie, le salaire est excellent, ce qui fait que je n'ai absolument pas le droit de me plaindre, je crois ? D'ailleurs je ne le fais pas, parfois je suis triste ou fatigué, mais c'est tout. R* ne sait pas que j'écris.
Et pourtant une certaine N* est venue nous rendre visite, une dame de chez R*, elle nous a serré la main, sourit, de loin. Un peu comme si elle visitait un atelier de fabrication, dont nous aurions été les ouvriers. Comme pour correspondre au principe de l'aliénation, N* n'a eu absolument rien à nous dire, sur le moment, de ce projet que nous projetons et pour lequel nous travaillerons pendant deux mois même plus. Ailleurs, un projet se porte, se transporte. Ici, N*, elle est là, nous aussi nous sommes là, mais nous ne sommes les uns pour les autres que des images. Les codes rappellent ceux d'une usine. J'ai jamais mis les pieds dans une usine autrement que dans des films ou dans mon imaginaire, toutes les fois où j'ai cru que là où l'on souffre la vie est plus belle. Et aussi, avec la sortie des usines L*.
Regarde, même pour parler de tout ça je prends un ton, juste parce que ça me soulage, j'ai ce style parce que dans mes 27 speechs un style est malvenu, alors ici, dans ce message, je prends un style que je connais et je profite de l'utiliser. Je vais inaugurer un blog avec ce message et je raconterai régulièrement ce qui se passe, comment ça se passe, ici, à l'Usine. Peut-être voudras-tu en faire de même.
Je te jure, écrire ça, écrire comme ça, je retrouve la pèche en dix minutes, et je peux passer à autre chose.
Chacun devrait prendre le temps de cicatriser ses journées à l'écriture.
L'accouchement d'un monde virtuel sur les cendres du cinéma.
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